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    Destruction

     


    Image floue. Un rideau d'encre noire encadrant un visage. Blancheur de cire, froid comme la nuit, troué de deux billes de jais... Petite silhouette inquiétante flottant dans le dédale entêtant d'un couloir.

    Des voix, au milieu du brouillard. Des rires. Elle avance...cherche...remonte à la source du bourdonnement joyeux. S'arrête, pâle et sombre femme-enfant, en lévitation sur le seuil. Ils rient toujours, dans l'insouciance bestiale de leur gaîté aveugle. Pas un regard vers l'apparition. La fièvre obscure s'est déclenchée, quelque part, au fond d'elle. L e besoin absolu, impérieux. Tuer. Détruire la joie répugnante. Détruire l'insupportable énergie vitale de tous ces gens. Détruire la vie. L'arme semble sortie du néant. Revolver luisant comme un regard de fauve, disproportionné au bout du bras diaphane. Tuer. Dessiner de larges arabesques luisantes de vie fuyante sur les murs. Puis voir cette vie ce dessécher lentement, prendre des teintes d'antique velours sombre... Grande fresque onirique et tourmentée ; une forme d'art métaphysique...

    Quelques minutes... Quelques décennies...

    La vielle femme édentée lui sourit. Un pli nouveau dans l'enlacement séculaire des sillons de sa peau. Répugnante et belle à la fois. Rédemptrice...
    - Je comprends ton geste. Je comprends...
    Deux flammes noires s'attachent à son visage.
    - Merci...
    Elle se penche, embrasse avec reconnaissance le vieux parchemin fripé. Elle conserve son sourire dans un coin de sa conscience, sans lui rendre, précieusement, comme un don inestimable. Mais elle lui rendra pourtant dans le plus beau des cadeaux... Le revolver a soudain réapparu dans sa main, fidèle au désir. Un coup, un seul, sans même viser, et la tête éclate, laissant comme un fruit trop mûr échapper ses liqueurs onctueuses.

    Quelques minutes... Quelques décennies...
    Elle caresse d'un doigt léger la soie lisse et froide du miroir, suivant avec tendresse les contours de son visage. Petite machine à tuer aux trais de madone... Vierge de la mort, si jolie du fond de son ailleurs. Quelque chose passe une seconde sur la glace... l'ombre d'un sourire... Vierge de la mort... Beauté, angoisse et destruction...
    Une éclatante fleur pourpre étoile à présent le miroir et se fane lentement en longues traînées sanglantes.

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  • Derrière l'image


    C'est étrange le regard qu'on peut avoir sur les choses et sur les gens. Il est toujours plein de nos préjugés. Il y a 2 jours mon frère et moi sommes allés manger dans un petit resto qui avait un petit groupe de musique soul. A coté de nous il y avait un couple, déjà très âgé, qui avait mille gestes de tendresse vraiment touchant. A un moment le groupe a joué "Georgia on my mind", et ils se sont levés pour aller danser. Le porte-feuille de la dame est tombé et s'est ouvert sur une vieille photo noir et blanc d'un jeune homme en maillot de bain tout à fait bel homme, au regard coquin et rieur. J'ai ramassé le porte feuille et j'ai attendu qu'elle revienne pour le lui rendre et là elle m'a dit dans un sourire tout amoureux, "c'était Armand quand il était jeune, on a bien changé depuis^^. On a parlé longtemps, de la vie, de l'amour, du corps qui vieilli et de plein de choses et quand je suis rentrée chez moi mon esprit était en pleine ébullition. Trop de questions se bousculaient et peu de réponses venaient les apaiser.

    On a toujours tendance a ne voir que des "vieux" (et le mot n'est pas au sens péjoratif) quand on a des personnes âgées en face de nous. Il est difficile de les imaginer jeunes, et d'imaginer qu'ils aient pu être jeune un jour, comme s'ils étaient nés âgés. Me dire que cette femme avait été petite fille, ado, et femme, qu'elle avait eu les mêmes rêves que moi, les mêmes désirs, les mêmes peurs, qu'elle avait vécu des moments de joie, de folie, comme nous pouvons les vivre m'était difficile.
    Je me suis demandée si l'esprit, ou ce qui fait l'essence de nous, ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes, vieillissait avec le temps et le corps. Même s'il évolue avec l'age il ne devient hélas pas vieux. Au fond de toute mamé il y a toujours la femme ou jeune fille qui est là, il y a toujours celle qui a envie de sauter et grimper aux arbres, celle qui peut être amoureuse et aimer. Mais comment fait cet esprit une fois que le corps ne veut plus suivre, une fois que le corps ne peut plus sauter. Comment doit on vivre ça quand on est prisonnier d'un corps qui ne veut plus répondre?
    L'échéance a 20 ans semble loin, presque même improbable, on a du mal a se dire je serai comme ça un jour ou si on se le dit on le pense avec nos 20 ans donc difficile a réaliser.

    J'ai passé le reste de la soirée a l'écouter me raconter comment ils s'étaient rencontrés pendant la guerre, tout ce qu'ils avaient fait, et elle racontait ça avec une telle conviction, avec une passion au fond de la voix que j'en suis restée scotché a ses lèvres. C'est facile avec le recul de dire " ah moi j'aurai fait ça ou ça" mais quand on vit ces moments de peurs que fait on exactement?

    Je repensais au film "Hauru no Ugoku Shiro" (le château ambulant) de Miyazaki, quand Sophie reçoit le sort de la sorcière des landes, qui la transforme en vieille femme de 90 ans alors qu'elle n'en a que 18. Tout d'un coup elle a des courbatures et ne peut plus courir. Toute l'analyse entre l'être et le paraitre, et est ce qu'on peut voir 'l'être'" derrière ses rides est merveilleuse dans ce film..

    La plus belle phrase de cette dame et qui m'a amené a tout reflechir etait:
    Nous aurions été copines si nous avions eu 20 ans en même temps...

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  • God save america


    C'était a la fin du journal télévisé de je sais pus quelle chaine il y a quelques mois... Un présentateur la mine gourmande qui venait juste de remplir notre assiètte de son lot quotidien d'informations insignifiantes ou horribles, prit soudain un air très grave pour nous annoncer que tout ce que nous venions de voir et d'entendre au cours de ce journal était du pipi de chat a coté de la gaterie qu'il nous avait gardée pour le dessert.
    On se demandait déjà quel coup tordu avait bien pu germer dans les cerveaux malades de Bush, Poutine ou Sarkozy, quand transportés aux US par la grâce d'une envoyée spéciale toute frétillante, on vit 2 pauvres bougres qui se tortillaient mal à l'aise, menottes aux poignets face a une horde de journalistes déchainés.
    Les 2 hommes plutôt agés, trés pauvrement vetus et dont le visage trahissait une vie de misère, s'étaient rendus coupable d'un crime monstrueux digne du tribunal de Nuremberg: Ils avaient ces 2 saligots tenté de toucher la prime d'invalidité de 300 dollars d'un troisième larron dont ils partageaient la vie de misère.
    Ils s'étaient d'abord présentés seuls au guichet des services sociaux, en pretextant une "légère indisposition" du bénéficiaire. L'employé méfiant (300 dollars c'est quand même une somme^^) les avait envoyés ballader.
    Sans doute faut il louer la vigilence de cet honnete employé, serviteur de l'état américain car les 2 bougres cachaient en fait un "gros" secret. Leur vieux pote etait mort de sa belle mort la veille au soir, et les 300 dollars guettés chaque mois par le trio leur passaient, a un jour prés sous le nez!...c'était trop bête!

    A ce moment du reportage, le suspense était à son comble. Qu'avaient donc inventé ces 2 canailles pour s'emparer du magot? Le monde entier allait être témoin de l'incroyable âpreté au gain de ces salauds de pauvres! Ceux ci, sans doute inspiré par le diable, ne trouvèrent rien de mieux que revenir avec le cadavre dans une chaise roulante jusqu'au bureau d'aide sociale.
    Aussi bien maquillé que Sarkosy dans ses grands jours, bien emmitouflé dans un peignoir, coiffé d'un bonnet de nuit et caché derrière des lunettes noires, notre cadavre était a subir son ultime examen de passage...
    Grace au ciel, il en fallait plus pour tromper la vigilance de notre fonctionnaire d'êlite, assisté de policiers, de journalistes, de photographes et de cameramen. Prié de décliner son identité, le cadavre se contenta de glisser sur le coté en decouvrant une cuisse maigre et une zézette frippée. Nos 2 bougres tentèrent alors un repli stratégique, rapidement stoppé par des policiers bien nourris et dans la fleur de l'âge...

    La loi resta la plus forte, les 300 dollars pouvaient prendre le chemin de l'Irak pour soutenir l'effort de guerre américain. Je saurais pas dire pourquoi mais de toutes les informations insignifiantes ou horribles dont on nous avez gavés ce jour là celle là m'a rendu aussi triste que celle du chomeur français mort de froid dans sa voiture pour ne pas avoir osé avouer a sa famille qu'il avait perdu son job de veilleur de nuit.

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  • Vue sur rêves


    Je marche dans la nuit, au coeur de la cité familière. Le sommeil alentours n'est traversé que de quelques véhicules qui de leur faible ronronnement semblent vouloir contester au silence une victoire déjà acquise. Ça et là, quelques fenêtres insomniaques laissent entrevoir la douceur d'un intérieur que, curieuse, je capture un instant du regard. Ces images captives me permettent chacune la construction d'une vie, ou d'une histoire ; ici la fenêtre cadre un lustre et le coin supérieur d'un buffet rustique. Mon esprit amusé a tôt fait de suppléer à ces fragments de décoration une épaisse moquette, deux fauteuils profonds, sur lesquels aura été déposé avec soin quelque charmant napperon crocheté, et entre eux un guéridon supportant un triste vase de céramique et son bouquet séché. Dans ce décor évolue une vieille dame en robe de chambre et pantoufles, trop vieille sans doute pour oser accepter le calme repos d'une nuit. Elle s'est relevée pour nourrir le chat qui grattait sa porte et ne se rendormira pas.
    Mais à peine cette évocation s'est elle formée qu'elle se voit corrigée aussitôt. Et du mariage du même lustre et du même coin de meuble (l'orientation un peu changée, le temps de ma rêverie m'ayant permis de faire deux pas) naît une histoire nouvelle. Au lieu d'une vieille dame, un homme d'une cinquantaine d'année prend possession de la pièce. Affalé devant son petit poste, une bière à la main (alors que d'autres, vides, jonchent le tapis) il regarde d'un demi oeil quelque rediffusion. Cet homme a toujours habité chez ses parents, et maintenant qu'ils ont disparu, le salon propret devient, à l'image de sa vie même, le miroir d'un esprit sans repère, sans but, sans rien. Je détournai la tête du cadre de la fenêtre, blâmant intérieurement la curiosité de mon imagination avide de tragédie domestique lorsque, troisième et dernier scénario, je vis le corps sans vie d'un pendu dans la lumière du lustre.

    Puis soudain, comme un enfant fait éclater d'un revers de la main la bulle de savon qu'un instant auparavant il contemplait avec admiration pour s'enfuir vers d'autres jeux ou souffler de nouvelles bulles qu'il espère encore plus grosses et scintillantes, je brisai le fil de ma pensée et laissai mon esprit courir d'autres rêves.

    Ainsi, soir après soir dans les rues de ma ville, chasseuse de conte dilettante, je cueillais ça et là les tableaux que m'offraient la nuit et, tissés d'imaginaire, les organisais en bouquet. De ces bouquets, je rêvais alors de tirer quelque arrangement romanesque. Mais les rêves se sont fanés, avec leur fraîcheur s'en est allé leur parfum, et mon âme qui s'en voulait illuminée se désole à leur triste spectacle. Alors la marcheuse s'est assagie. Elle ne quitte plus guère sa chambre à la nuit tombée, laisse les rêves voler en liberté et ne cherche plus à en capturer. Elle lit ceux des autres, et cela devrait lui suffire.

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  • Aux tours des flots troubles


    J'ai voulu ce petit coin pour partager ce qui me tient le plus à coeur. La poésie des mots, la musique des sentiments, les couleurs de la vie, mes joies, mais aussi mes réflexions, mes rêveries, mes révoltes, mes ronchonnements qui peuvent être nombreux hélas ^^.
    Ecrire aussi la futilité, le dérisoire, tout ce qui passe par là.

    Vous trouverez dans la rubrique peinture tous les artistes que j'adore, principalement japonais mais aussi syriens, africains etc.

    Le coin humeur du jour est consacré  aux livres, musiques qui m'ont enchantés, à l'actualité, à tous les évenements qui m'ont touché ou qui m'ont irrité...

    Le coin les histoires est l'endroit où je me prends pour une aventurière à travers mes héros.

    Et mes peinturlurages... est il besoin de préciser?

    Vous êtes les bienvenus dans mes passions et n'hésitez pas à y prendre part, je vous lirai avec plaisir.


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